Prosper LAURENT
Né le 12 avril 1922 à Kerdoualen en Vieux-Marché, il eut deux frères Auguste et Ernest son jumeau, cultivateur.
Mes parents étaient des agriculteurs, ils tenaient une petite ferme à Kerdoualen en Vieux-Marché, à l'âge de deux ans suite à un accouchement ma maman décéda.
C'est à l'Ecole primaire publique des Saints-Saints en Vieux-Marché que je fis ma scolarité.
Comme mes deux frères je travaillais à la ferme familiale. Lorsque je fus en âge de faire la cuisine, c'est moi qui m'occupais de préparer les repas pour la famille.
C'est par l'intermédiaire de mon cousin Yves TREDAN, celui qui créa la compagnie FTP de La Marseillaise qu'avec mon frère jumeau Ernest nous sommes entrés dans la Résistance.
Les premières actions qui nous furent confiées consistaient à déplacer ou à retirer les panneaux indicateurs dans les carrefours.
Le 9 novembre 1943, je participais à une grande manifestation à Plouaret contre le STO qui réunie plus d'une centaine de jeunes, au cours de celle-ci Yves LEON lui aussi de Vieux-Marché pris la parole pour inciter les jeunes à refuser de partir travailler en Allemagne. Je me souviens de le voir debout sur le monument aux morts de Plouaret haranguant les jeunes. Sur dénonciation, il sera arrêté quelques jours plus tard par les gendarmes de Plouaret, il connaîtra l'univers concentrationnaire du camp de la mort de Bergen-Belsen, Yves en reviendra dans un piteux état, mettant beaucoup de temps à s'en remettre. Il est toujours actif pour la défense de la mémoire de la Résistance et de la Déportation.
Les allemands perquisitionnèrent notre jument, ce fut pour nous une lourde perte, nous privant d'un animal que l'on aimait, mais aussi d'un précieux et indispensable auxiliaire de travail.
Je fus appelé à partir en Allemagne pour le Service du Travail Obligatoire, refusant d'aller travailler pour la machine de guerre allemande je fus contraint d'entrer dans la clandestinité et dans le maquis.
Le groupe de FTP auquel je me suis joins comprenait : Yves TREDAN, Auguste LE PAPE, Eugène DANIEL, Arsène FAUJOURON, Albert JACOB, mon frère Ernest et …
Les groupes de FTP de Plouaret, Trégrom et Vieux-Marché sous le commandement d'Yves TREDAN effectuèrent de nombreuses actions contre l'occupant dont plusieurs sabotages de la voie ferrée Paris-Brest. Au début, je me souviens qu'il fallait dévisser les tirefonds pour libérer l'un des rails, puis à l'aide d'une clé (fabriquée par Pierre MENOU forgeron de Plouaret) on faisait ripper le rail, c'était une opération longue, nécessitant beaucoup de monde et peu discrète, par la suite après les parachutages d'armes et d'explosifs début mars 1944, ce fut plus facile, plus discret et plus rapide avec des explosifs.
J'ai participé à deux sabotages de la voie ferrée Paris-Brest entre Plouaret et Lanvellec, l'un sera une réussite puisque le train dérailla, l'autre en janvier 1944, dirigé par Auguste LE PAPE chef de groupe qui informé par un cheminot du passage d'un train de matériel allemand décida malgré un temps menaçant de neiger à aller saboter la voie ferrée, cela faillit mal se terminer car en cours de route sur le chemin du retour la neige se mit à tomber, les allemands suivirent nos traces dans la neige et aboutirent non loin du domicile d'Auguste à Kerdanet en Plouaret, sa sœur Agnès s'arrangeant tant bien que mal à effacer les traces de pas.
Devant la recrudescence des actes de sabotage, les allemands organisèrent une opération de police le 23 avril 1944, 2000 allemands venus par train encerclèrent les communes de Plouaret, Trégrom et Vieux-Marché, sept membres du groupe furent arrêtés. Ce jour là, je sortais à vélo du bourg de Plouaret en direction de Lannion rencontrant un barrage composé de sept feldgendarmes, je dus m'arrêter et montrer ses papiers d'identité, j'eus le temps de voir sur une liste tenue par un des allemands que mon nom y figurait, ma fausse carte d'identité me sauvera, je pourrai à mon grand soulagement poursuivre ma route. Albert JACOB poursuivi par les allemands eut son béret transpercé par une balle, mais il réussi à leur échapper.
Les sept camarades de Plouaret furent jugés par un tribunal militaire allemand, condamnés à mort et fusillés le 6 mai 1944 à Ploufragan, ils s'appelaient Auguste LE PAPE, Eugène DANIEL, Arsène FAUJOURON, Auguste PASTOL, Pierre MENOU, Léon LE GUERSON et le plus jeune Joseph HENAFF, il avait 18 ans.
Vers le 20 juillet 1944, près de la chapelle du Christ en Trégrom sur la route de Vieux-Marché à Bégard, on arrêta un jeune homme aux services des Allemands, il était porteur d'une forte somme d'argent qu'il avait touché à la feldgendarmerie de Plouaret pour avoir dénoncé.
Le 6 août 1944, les groupes de FTP de tout le Trégor et d'une partie de l'Argoat convergèrent vers Lannion en vue de sa Libération, avec mon frère nous nous y sommes joints, sous le commandement de Corentin ANDRE, le capitaine MAURICE qui dirigea avec une grande maîtrise et succès les opérations.
Ensuite ce fut la participation à la Libération de Tréguier le 15 août 1944, je me souviens de voir le pont Canada sauter en l'air à l'aide d'explosifs en vue d'empêcher le retour et le passage des Allemands.
Suivra la Libération de Lézardrieux, le 15 août, allant jusqu'à Pleubian, j'assistais à la découverte des 33 corps de FFI et civils assassinés par les Allemands à Pleubian en particulier autour du sémaphore de Creach-Maout du 4 au 7 août 1944.
En septembre 1944, je suis parti avec mes camarades sur le front de Lorient, au 15ème bataillon sous le commandement de Léon RAZUREL, avec mon camarade Armand TILLY que j'appelais mon capitaine, vivant dans des conditions très difficiles : manque d'équipements, d'armes, d'habits, certains étaient chaussés de sabots, mal nourris, sans hygiène, envahis par la galle, sous le feu répété de l'ennemi, logeant dehors. J'échappais de peu à la mort le jour de la grande offensive allemande du 27 octobre 1944, caché avec mon frère derrière un châtaignier, qui fut criblé d'éclats de fusants, ces armes qui explosent à 2 mètres ou plus suivant le cas du sol et projettent de multiples éclats de métal, c'était la terreur des FFI elles firent beaucoup de victimes parmi nous.
Après la capitulation sans condition de l'armée allemande le 10 mai 1945, je fus affecté au service déminage dans la baie d'Audierne (Finistère), étant responsable 25 prisonniers de guerre allemands assurant le déminage, deux d'entre eux furent tués par l'éclatement d'une mine.
Prosper retourna chez lui à Vieux-Marché, se maria, tenant une exploitation agricole à Convenant Leroy en Brélévenez ou il vit toujours à 93 ans en 2015.
Prosper est le dernier dérailleur du Trégor encore en vie, il est un fidèle adhérent de l'ANACR.